Technoromantisme

Stéphan Barron développe à travers ses écrits sur les arts technologiques, mais surtout à travers sa pratique d’artiste depuis les années 80, les concepts d’Art Planétaire et de Technoromantisme.

Le Technoromantisme peut recouvrir plusieurs aspects, et peut être interprété par chacun de plusieurs façons. Le Technoromantisme imaginé au tournant du XXème siècle appelle à un imaginaire écologique où la technologie est au service de l’humanité et d’un projet de développement respectueux de la planète, de la nature et des hommes. Une alliance de l’art, des techniques et d’une prise de conscience écologique.

Le Technoromantisme est l’association utopique de l’art, de l’écologie et des connaissances technoscientifiques.
Un de ses aspects concerne un certain nombre de questions liées au Développement Durable, en les ouvrant à des problématiques plus vastes. Les nouvelles technologies sont-elles un but ou un moyen? L’utopie technicienne a-t-elle supplanté les utopies ? Devons-nous accompagner l’essor technoscientifique d’interrogations éthiques et sensibles ?
L’art technologique ne devrait pas être une simple décoration de l’univers technique, mais se construire sur un projet émotionnel et philosophique. Le Technoromantisme est une critique d’une certaine utilisation des machines par les artistes et la société, pour la seule fascination du progrès. La confusion entre art et technique qui est une façon commode d’escamoter à la fois la dimension spirituelle de l’homme, mais aussi sa liberté de vivre et de penser. L’art technoromantique peut-il alors préfigurer, proposer des modèles de nos futures relations aux technosciences ?

L’art technoromantique actualise les thèmes du romantisme comme la fusion dans le lointain, le sentiment de la nature, l’ailleurs, les ruines, la rêverie, l’amour, la solitude, l’utopie.

La théorie du Technoromantisme est définie et développée entre 1991 et 1996 pour la thèse de doctorat de Stéphan Barron à l’université Paris 8 puis dans le livre Technoromantisme – éditions l’Harmattan – Paris – 2003

« A notre époque de technologie galopante, le Technoromantisme a le mérite de poser la question capitale de la lecture du progrès à travers une vision planétaire qui débouche sur un engagement écologique radical. Cet art planétaire s’inscrit naturellement sur « l’autre face de l’art » de notre siècle, dans une perspective qui va de Marcel Duchamp à Yves Klein pour déboucher sur les arts technologiques et le « netart ». Le Technoromantisme thématise l’alliance de l’imaginaire artistique et des utopies écologiques dans le contexte technoscientifique. Une alliance urgente en ce début de millénaire chaotique et incertain. Cette utopie correspond à un temps fort du projet artistique et théorique, et son énoncé est servi par un très beau style enthousiaste et vibrant.

Stéphan Barron actualise en donnant une interprétation personnelle du Romantisme. Pour Stéphan Barron l’art s’identifie à la vie et en traduit la gamme infinie des manifestations existentielles. Son discours est illustré par des exemples tirés de sa propre pratique artistique et j’en comprend d’autant mieux le sens que j’ai été moi-même lié à certains moments de son évolution. La profondeur de cet engagement vitaliste donne à l’analyse une hauteur de vues exceptionnelle qui se manifeste aussi bien dans la rigueur des conclusions logiques que dans la richesse des problèmes abordés.

Stéphan Barron passe ainsi, à travers les zig-zags de sa pensée prospective de l’art planétaire à l’art écologique. Sa vision globale du monde se fractalise en introduisant des concepts déterminants du temps et de sa mesure. Comment dès lors conjuguer l’écologie temporelle avec la technologie de sa mesure, le global avec le local, le corps individuel avec le corps social, l’immatériel avec la matérialité, et l’élaboration au coup par coup d’un compromis entre l’impulsion  » coopérative « , du moi et la finalité dominatrice du corps social ? La ligne écologique de l’auteur est riche de conflits entre l’expression de la liberté individuelle et les contraintes du pouvoir. Ce qui l’amène à poser le problème d’une démocratie virtuelle, refuge de la poésie, créatrice d’un temps qualitatif dans une technologie maitrisée. »

Pierre Restany